The Hive Child

Pierro le MJ

La pâle lueur d’un néon s’étalant sur une plaque de métal crasseuse ainsi que le doux murmure cahoteux de la ventilation semblent annoncer une belle journée pour les travailleurs du complexe X-0123. Ou du moins une aussi belle journée qu’il est possible d’en vivre dans le microcosme que forme cette usine aux millions d’employés, pour qui une journée où l’air circule est déjà une excellente journée. Et si par miracle air et nourriture sont convenablement distribués durant les 20h de travail quotidien, il devient alors presque possible de voir une mine réjouie se dessiner sur les visages émaciés des travailleurs. Pourtant, il vous est impossible de comprendre pourquoi ces gens en demandent autant pour être heureux ! Votre mère vous explique bien chaque matin, que toute nouvelle journée qui commence est un don précieux, une occasion unique de faire Sa Volonté. Et pour cela il faut louer Sa bonté et Sa bienveillance.
C’est avec cet état d’esprit que vous commencez votre journée. Guidé par la faible lueur du néon qui tressaute à un rythme irrégulier, vous sortez de votre couchette posée à même le sol en direction de la Cuisine. Sans faire le moindre bruit pour ne pas réveiller votre mère, vous entrebâillez délicatement la porte en évitant soigneusement que la lumière et le bruit de la cuisine ne pénètre dans la pièce unique vous servant de maison. Car malgré l’heure matinale, une centaine de personnes trottent déjà en tout sens dans l’immense salle commune capable d’en accueillir presque dix fois plus. C’est à ce moment-là de la journée que vous préférez cette immense pièce. Dans le calme, relatif, qu’offre cette heure de flottement entre les changements d’équipes. Vous avez ainsi loisir à vous asseoir où bon vous semble et même trouver une table vide de laquelle vous pouvez contempler les massives colonnes sur lesquels on devine encore les visages des Saints et Héros de l’Imperium. Vous cherchez du regard votre coin préféré et voyant qu’il est vide vous vous précipitez dans l’autre direction vers le dispensaire de nourriture. Sans tenir compte de la file de personnes faisant déjà la queue, vous vous faufilez entre leurs jambes pour arriver dans les premiers, malgré les regards mauvais et les injures des quelques fonctionnaires suffisamment réveillés pour comprendre ce qui se passe. Une fois face à la fenêtre coulissante qui constitue le seul point d’accès entre la réserve et la population, vous rassemblez votre courage et levez vos yeux et votre assiette en direction du serviteur. Tout en essayant d’afficher un large sourire, vous essayez de maîtriser le frisson de malaise que vous inspire la vue du servo crâne. Ce qui était autrefois le crâne d’un humain est aujourd’hui un ensemble de métal et d’os auquel est rattaché plusieurs appendices mécaniques lui servant de bras, le tout flottant dans les airs par la grâce de quelques techno-sorcellerie.
Vous bafouillez un vague « Bon-bonjour » bien conscient de l’inutilité de telles politesses, avant de reprendre « matricule PJ-041997-X0123, 515kcal ». Pendant quelques effrayantes secondes vous retenez votre souffle alors que le crâne vous identifie. Vous êtes toujours à scruter l’orbite sans vie du servo crâne quand une voix retentit derrière vous : « Ne fait pas ça mon petit Tobius !!! Ce citoyen impatient est déjà bien assez gras comme cela ! ». Surpris, vous vous retournez pour vous retrouver face à un visage bien connu. Là, en face de vous se tient un enfant de votre âge, au visage couvert de cicatrices, dont le large sourire moqueur n’a d’égal que l’éclat d’amusement qui anime son regard. Son air autoritaire et faussement colérique, appuyé par sa posture les poings sur les hanches, pourrait prêter à sourire si ses balafres ne lui donnaient pas un côté presque inquiétant.
Alors que les bras mécaniques du serviteur, stoppés quelques secondes par l’injonction, se remettent à bouger sans prêter plus attention à l’importun, le jeune garçon le fixe à nouveau « J’ai dis non Tobias !!! Bonklang par le trône sacrée ! Tant que ce fourbe mutant n’aura pas eu la décence de saluer ses amis avant de s’engraisser il n’aura rien !!! ». Sur quoi, votre jeune ami Faziel, voyant l’inutilité de ses menaces face aux mouvements mécaniques du servo crâne (et ce malgré la menace de retrouver le reste de son corps et de lui faire des choses innommables) se range à vos côtés avec un large sourire amical malgré le tonnerre d’insultes des autres usagers.
« Viens » vous dit il une fois servi « Mila nous a réservé nos places »
Rejoindre ses amis à la table